Les deux formats de fichiers bureautiques bénéficient d’une norme ISO. Mais choisir entre les deux n’est pas anodin. Attention aux problèmes d’interopérabilité à venir, comme le montre une étude indépendante.
Le prestigieux institut Fraunhofer de Berlin s’est livré à une étude très poussée de l’interopérabilité des deux formats concurrents de la bureautique. Open Document Format (ODF) 1.0, le format implémenté dans OpenOffice.org, StarOffice, NeoOffice ou encore KOffice, a été créé par Sun au début des années 2000, adopté par l’Oasis en 2005 pour devenir une norme ISO en 2006. Norme qui n’a pas été retenue par Microsoft comme format XML d’Office 2007, l’éditeur ayant choisi de créer son propre format XML, Office Open XML (OOXML). Le géant du logiciel s’est empressé de faire reconnaître OOXML comme standard auprès de l’Ecma avant de le présenter à l’ISO. Le débat qui s’est ensuivi a été épique, mais aujourd’hui l’un comme l’autre ont été adoptés par l’ISO en tant que standards.
Les entreprises peuvent retenir l’un ou l’autre de ces formats pour produire et stocker leurs documents. Toutefois, le syndrome du « vendor lock-in » les guette à terme. Car si les deux formats sont tous deux XML, le passage de l’un à l’autre va se révéler problématique, comme le démontre l’institut Fraunhofer dans une copieuse étude de 90 pages consacrée à l’interopérabilité des deux formats, que ce soit pour les documents texte, les feuilles de calcul ou les présentations.
Des formats intrinsèquement incompatibles…
Et les résultats sont éloquents. Pour le traitement de texte – à priori l’application la plus utilisée d’une suite bureautique mais aussi la plus simple en termes de format –, c’est déjà compliqué. Pas de problème pour la sélection des polices de caractères, mais un petit souci déjà pour les italiques. Avec ODF, on distingue italique et texte oblique… une différence inconnue d’OOXML. Avec ce dernier, on peut définir un thème de document, ce qui n’est pas possible avec ODF : une conversion va engendrer des problèmes de police.
Pour la mise en pages, on ne pourra éviter les bizarreries lors d’une conversion : impossible de justifier un seul mot sur la ligne avec OOXML. Ce dernier permet d’empêcher la simple coupe d’un paragraphe sur deux pages, ce qui est plus compliqué avec ODF. Vous voulez mettre une bordure à votre paragraphe ? Facile avec OOXML, impossible avec ODF. Idem pour lui donner un effet de cadre et changer la couleur de cette bordure. Même chose pour placer des annotations sur une portion de texte. C’est possible avec OOXML, impossible avec ODF. Conclusion : impossible pour un convertisseur de garantir un rendu 100 % fidèle dans une traduction de document.
Côté tableur, c’est pire. Ce sont bien évidemment les formules de calcul qui posent problème. Par exemple, OOXML implémente le concept de formule partagée : celle-ci peut être employée sur plusieurs cellules de la feuille. Un concept inconnu dans ODF.
… surtout pour les documents de présentation
Le terrain le plus conflictuel entre les deux formats reste néanmoins celui des documents de présentation. L’insertion de texte et d’images ne devrait pas poser de problème de conversion. En revanche, dès que l’on voudra aller plus avant dans le multimédia, les incompatibilités vont se multiplier. ODF n’implémente ni le son ni la vidéo. Il faut biaiser avec les objets OLE pour insérer ces éléments. Les difficultés vont encore se multiplier si l’on veut placer des animations dans la présentation. Dans les deux cas, c’est possible, mais des différences existent, et le diable est dans les détails. OOXML semble mieux armé pour prendre en charge des animations complexes : on peut créer une timeline pour synchroniser les animations, définir des trajectoires complexes, autant de fonctions totalement inconnues d’ODF… et qui ne pourront donc être reportées d’un format à l’autre.
Bref, si vous choisissez d’archiver vos documents au format ODF en espérant un jour vous défaire de la suite Office au profit d’une alternative compatible avec l’OOXML, vous allez au-devant de problèmes d’incompatibilité certains, et même les meilleurs convertisseurs n’y pourront rien. L’inverse est tout aussi vrai, alors attention à votre choix, il vous engage pour longtemps, très longtemps.